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Je suis en vacances, enfin. Après de longs mois de labeur, je vais pouvoir profiter du soleil, de mon lit bien aimé. Cependant, Paris me fatigue. Je suis lassée de ces visages inexpressifs, de cette ambiance morose, frénétique. J’ai besoin de changer d’air. Là, devant mes vidéos, j’admire ces Youtubeuses, vie technicolor faite de voyages, de cosmétiques et de sourires enjôleurs. J’ai besoin moi aussi de goûter à cette insouciance faite de consommation effrénée. Pourquoi pas, après tout ? Je consulte les offres de voyage, et soudain, c’est la révélation : Los Angeles. Cette ville est l’incarnation de l’admirable perfection de la vie d’une Youtubeuse : glamour, paillettes, soirées, soleil et Sephora à perte de vue.

Quelques jours avant le départ, vient la question épineuse de la valise. Que vais-je bien pouvoir emporter avec moi pour ce voyage en terre inconnue ? Ni une, ni deux, j’enfile mon costume d’anthropologue et file sur Youtube analyser cette tribu donc je maîtrise mal les codes. Quoi de mieux que de s’immerger pour en adopter les traits ? Je vogue de Youtubeuse en Youtubeuse, de tuto en lookbook afin d’établir une liste de mes indispensables. Me voilà parée pour toute occasion. Ne me reste plus alors qu’à passer une commande en ligne, merci Asos, Sephora et la livraison Express. *Vous avez aussi envie d’adopter le look de la Youtubeuse ? Euphomania vous a concocté une petite liste des indispensables à posséder.*

les indispensables de a youtubeuse

Deux jours plus tard, j’ai reçu ma commande. J’exulte en découvrant mes nouvelles acquisitions. Cette fois, c’est certain, je vais enfin entrer au Panthéon de la mode tant mes pièces sont au summum de la tendance. À moi photographes, Instagram et likes en tout genre. Je n’essaie même pas mes trouvailles. J’ai pleinement confiance en mes gourous mode. Après tout, qui mieux qu’elles pourrait m’enseigner l’art épineux du look dernier cri ? De plus, je n’ai plus vraiment le temps, j’ai mon avion le lendemain matin. Il est temps de ranger tout ça dans ma valise. Après des heures de cri, de larmes et de désespoir, j’ai enfin réussi à la fermer. J’ai laissé à la maison tout mon attirail habituel au profit de cette nouvelle panoplie pleinement adaptée à cet environnement hostile que représente le paradis de la Youtubeuse, j’ai nommé Los Angeles.

Quelques heures plus tard, disons 48, je suis enfin arrivée à destination. Je vous épargnerai les détails scabreux de mon voyage en compagnie d’un rustre qui n’a eu de cesse de me faire des avances d’une subtilité douteuse. Concentrons-nous plutôt sur les mille et une possibilités qui s’offrent à moi durant mon voyage ! C’est pleine d’entrain que je me rends dans mon hôtel. J’ai réservé une chambre absolument « sublime », « magnifique », « vraiment trop trop belle » enfin aux dire de ma Youtubeuse préférée, merci les codes promo. Sur place, je suis quelque peu déçue. Nous sommes loin du glamour et de l’ambiance feutrée vantée par mon gourou mode. Passons, j’ai sûrement dû réserver à la mauvaise période. Même si la vue sur mer est en réalité une vue sur les installations sanitaires du restaurant adjacent, je ne vais pas me laisser miner. Je défais donc ma valise et décide de sortir malgré le « jet lag ». Prononcé à l’américaine ça en jette un peu plus que « décalage horaire », n’est-ce pas ?

Que vais-je bien pouvoir mettre ? J’ai devant moi des tas de possibilités. Je jette finalement mon dévolu sur cette petite combi-short en velours décrite par mon gourou comme étant si « comfy », « cosy » et agréable. Associée à ma paire de cuissardes en suédine grises, je sens que mon look va faire jaser. Côté maquillage, j’ai opté pour son dernier tuto, « maquillage nude et léger pour une soirée d’été » : fond de teint, Highlighter, bronzer, smoky marron et RAL nude, je n’ai rien oublié.

21 heures, je sors de ma chambre, démarche chaloupée façon Beyoncé. Tout le monde me regarde. Je crois que je fais déjà des émules. Je quitte l’hôtel, il fait une chaleur étouffante. Peu importe, mon gourou nous avait prévenu en nous assurant que cette combi était si aérée qu’elle permettrait de laisser l’air entrer. Ça pour être aéré, elle l’était. Je commence tout de même à douter de mon assemblage quand une heure plus tard, je n’ai de cesse de tirer sur le bas de ladite combi afin d’éviter de dévoiler mon anatomie. Je décide de me rendre aux sanitaires quand je m’aperçois enfin que mon maquillage a coulé. J’ai une mine affreuse. Comble de l’horreur, je me rends compte que j’ai transpiré à grosses gouttes au point de tremper le fauteuil sur lequel j’étais assise. Je rentre à mon hôtel, éhontée. On ne m’y reprendra plus.

Le lendemain, je décide de changer de stratégie et d’adopter un look plus adapté aux conditions climatiques. J’enfile donc mon mini short en jean, associé à un crop top blanc, des talons vertigineux pour le côté glamour et mon indispensable sac en fourrure.  Je marche dans les rues de Los Angeles depuis plus deux de heures. J’ai dévalisé Target, Sephora, et autres antres de la consommation. Mes pieds sont au bord de l’agonie. Je n’ai plus qu’une envie : enlever ces objets de Satan et m’allonger. Je fonce dans le premier magasin sur ma route et décide d’y acheter une paire de sandales plates afin de soulager mes pieds. Quelques minutes plus tard, attablée dans un Starbucks, cliché oblige, je croise mon idole, c’est elle, MON gourou, mon modèle. Je n’en crois pas mes yeux. Je déchante, cependant, quand je vois son look. M’aurait-on menti ? Elle porte une simple robe fluide accompagnée de ballerines. Ballerines ? Elle disait ne jurer que par les talons de 12, aussi confortables que des baskets selon ses dires. Je consulte son Instagram, l’OOTD du jour était pourtant bien différente. Nous sommes loin de l’image outrageusement sexy qu’elle tente de nous vendre. Soudain, pleine de désillusion, je prends conscience de toute cette mascarade.

Je rentre à mon hôtel, regarde cette valise qui ne me ressemble en rien. Mon attirail habituel me manque. Qu’ai-je donc fait ? Me serais-je laissée emporter par cet océan de mensonges ? Après tout, a-t-on idée de porter des cuissardes par 35 degrés ?

La moralité de l’histoire mes chères lectrices, c’est qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant le rêve que tentent de vous vendre les youtubeuses et autres blogueuses mode. Restez fidèle à vos goûts. Ne vous laissez pas happer par l’image parfaite qu’elles tentent de se construire. Adaptez vos tenues aux circonstances et surtout à la météo. 😉

Euphomania