Des chaussettes sales jonchées sur le sol, un poster d’ACDC au mur et une odeur âcre de mâle, cette fois, c’est certain je ne suis pas  chez moi… J’émerge petit à petit et essaie de me remémorer la soirée. Je regarde mon téléphone, dimanche 8 novembre 2015. Tiens, quinze appels en absence, je regarderai plus tard, la flemme.

Hier soir, je suis sortie avec Fatou et Sarah. Vingt cinq ans, ça se fête non? Enfin, je pense que j’ai un peu abusé des bonnes choses. J’ai de vagues souvenirs de moi dansant debout sur le bar, tentant lamentablement d’imiter Shakira… Mince, je devais surtout ressembler à un mollusque en train de se débattre… Des shots de Vodka, quelques Mojito et un Cosmo, quel cocktail explosif… Nota bene pour moi même, ne plus jamais boire le ventre vide. Cela ne m’explique toujours pas ce que je fiche ici, bon sang. Il est temps d’affronter la réalité, courage moussaillon. Petit souci logistique, où sont passés mes vêtements ? Va vraiment falloir qu’on m’explique.

J’entends soudain des bruits de pas, la porte s’ouvre. Ne me dites pas que c’est le bel inconnu du métro. Pardon, je crois ne pas avoir fait les présentations. Voici Dégoulinant. je sais, ce nom est peu ragoutant… Laissez moi vous donner quelques précisions. Notre première rencontre ? Je m’en souviens comme si c’était hier. Cet été, canicule, panne de métro, me voilà contrainte à attendre collée presque incrustée à la personne à côté de moi. Je lève là tête et suis ébahie. Le sosie de Rami Malek… Mon dieu, je me liquéfie, comme si je n’avais pas déjà assez chaud. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à avoir du mal avec ces températures, en témoigne son tee-shirt maculé de sueur (glamour, n’est-ce pas ?). Je me contenais pour ne pas le regarder, évitons la « creepy attitude« . Au bout de trente longues minutes, nous voilà enfin délivrés. Soudain, un « tout va bien ? » me ramène à la réalité. Je réponds timidement « oui, oui« . Je n’ose pas lui demander ce que je fais en sous-vêtements dans son lit. Par pitié, faites que j’ai été prise d’une envie irrépressible  de faire une partie de Scrabble ou de Monopoly. Je me couvre, un peu de décence tout de même!

J’attrape mon téléphone et consulte ma messagerie. Des SMS de Fatou et Sarah, « t’es où ? » « pas mal ce beau brun » « bon on y va, tu nous raconteras demain hein« . Tiens un message de ma mère « toujours bon pour aujourd’hui, on t’attend pour 14 heures? Ne sois pas en retard…« . Panique à bord… Je ne peux pas reporter ce rendez-vous, ça fait déjà cinq fois, elle risquerait de m’en vouloir pour de bon. Mais comment est-ce que je vais m’en sortir? Dégoulinant semble détecter mon malaise et me demande ce qui ne va pas. Je bafouille et lui explique brièvement la situation. Il me demande l’adresse du rendez-vous. Son visage s’illumine à ma réponse. « Rassure toi, tu n’es qu’à 10 minutes en métro« . Catastrophe, je n’aurai jamais le temps de rentrer me doucher et me changer !!! Je vais encore avoir le droit aux critiques acerbes de ma cousine Cynthia. Une énième humiliation, cela ne devrait plus vraiment m’attrister. J’imagine déjà son air triomphant me voyant débarquer, la mine défaite, les cheveux en bataille, des restes de mascara sur le visage.

Un plan, il me faut un plan. Inutile de chercher des réponses aujourd’hui. Je demande donc à Dégoulinant s’il a de l’huile d’olive ou encore mieux de l’huile de Coco. Miracle… Je crois que je l’aime de plus en plus. Son air circonspect lorsqu’il me contemple en train de m’en étaler sur le visage me fait craquer. Euphomania, réveille toi, on n’a plus le temps là, il est déjà 13h30… Je file sous la douche en 5 minutes chrono et enfile un tee-shirt qu’il a bien voulu me prêter. Je suis propre, c’est déjà ça. Soudain, j’ai une illumination (divine ?), le look Boyish, Tomboy enfin du masculin/féminin version 2015. Ni une ni deux, je fais une petite recherche sur Google Image… Un jean boyfriend (Dégoulinant doit bien avoir ça non ?), un débardeur, ma paire d’escarpins et une tresse épi de blé. Sauvée, je suis sauvée. Cynthia, tiens toi bien, j’arrive. Par chance, j’ai encore le RAL rouge pur de Sarah et mon mascara fétiche.

Je demande donc à Mr.Dégoulinant de bien vouloir me prêter de quoi être présentable (je fais ma tête de chien battu, personne n’y résiste). Il rit aux éclats et finit par obtempérer. Décidément, il marque des points. 14h40, plus le temps de tergiverser. Je bricole un maquillage de dernière minute, une tresse à l’aveugle, enfile ma tenue et file en courant. J’entends un « attends » mais ce n’est vraiment pas le moment…

Dans le métro, je sens de nombreux regards se poser sur moi. Mission réussie, je dois être particulièrement jolie. J’arrive chez ma mère, à l’heure après un petit sprint en talons. Il n’y a rien de tel pour se donner un coup de fouet. Tout le monde est déjà là. J’avance d’un pas assuré et toise Cynthia du regard. Ils ont tous l’air surpris. Ils n’ont pas l’habitude de me voir avec un look si recherché et pointu sans doute.  Nous sommes tous dans le salon. Tiens Cynthia a l’air bien silencieuse. Elle semble rieuse et n’a de cesse de pianoter sur son téléphone, absorbée par ce qu’elle lit. Mon oncle Thierry propose de se livrer à la traditionnelle séance de photo familiale. Pour une fois, j’accepte sans maugréer ravie d’avoir eu cette idée lumineuse. J’accentue les poses et joue la fille faussement blasée à la manière d’une Lou Douillon. Je demande  à voir les photos.

Diantre!  Je réalise soudain pourquoi tous ces regards et ces sourires empreints de malice… Je n’ai pas l’air d’une icône de mode, juste d’une fille mal fagotée. Les filles, si vous empruntez le débardeur de votre copain/frère/père/voisin, n’oubliez pas qu’ils sont laaargement plus échancrés que les nôtres… On voyait la moitié de ma poitrine. Ne parlons même pas de ce jean trois fois trop grand pour moi. J’ai comme l’impression que mon postérieur a doublé de volume. Je n’ai plus rien à envier à grand-mère Yeta dans cet accoutrement. Quant à ma tresse, je ne m’appesantirai pas sur le sujet. Si quelqu’un retrouve ma dignité, merci de bien vouloir me la rapporter. Le look boyish, sur Charlotte Gainsbourg, Cara Delevingne ou encore Jessica Alba, est un savant mélange des vestiaires masculin et féminin. Contrairement à ce que l’on nous laisse croire, rien n’est laissé au hasard. Aucune de ces icônes mode, ne se réveille un matin chez un parfait inconnu en enfilant la première chemise qu’elle trouve tout en gardant une élégance naturelle. Eh non, nous ne sommes pas toutes des Serena Van der Woodsen en puissance. Je sais, c’est injuste, n’est-ce pas ?

Dépitée, je prétexte une urgence de niveau 4. Tiens, j’ai reçu un SMS d’un numéro inconnu au bataillon. « Je voulais juste te dire que j’avais été ravi de faire ta connaissance. rassure toi, il ne s’est rien passé. Nous nous sommes croisés hier et tu n’as cessé de répéter que tu étais une fée et que tu utiliserais ta baguette sur moi si je n’étais pas sage. Ne souhaitant pas te laisser dans cet état, seule, je t’ai ramenée chez moi. A la suite d’un petit incident post-cuite, j’ai dû te déshabiller et t’ai laissée dormir. Je serais heureux d’avoir l’occasion de discuter de tout ceci avec toi autour d’un café. J’ai hâte d’en savoir plus sur tes pouvoirs magiques…« .

ADOPTER UN LOOK BOYISH EN TOUTE SÉCURITÉ

Pour adopter le look boyish, sans commettre le moindre impair, vous trouverez ici un petit guide.

Je n’ai qu’une chose à vous dire les filles, non en fait plusieurs. Retenez bien ceci:

On ne boit jamais le ventre vide.

  1. Le look boyish oui, mais avec VOS fringues.
  2. Emprunter des habits, pourquoi pas mais avec PARCIMONIE: si vous piquez la chemise de votre copain, utilisez votre jean... Vous l'aurez compris, le but n'est pas de ressembler à une pauvre petite chose perdue dans ses habits mais plutôt de mixer savamment des pièces de vos deux garde-robe. Pourquoi ne pas twister votre slim noir fétiche avec sa chemise à carreaux que vous aimez tant?
  3. On SOIGNE le tout. Dans un look boyish, tout se joue dans les accessoires et le maquillage. Alors, amusez vous. N'ayez pas peur. Non cette pochette à paillettes multicolores, ne fera pas too much ici. C'est l'avantage. Vous êtes habillée si sobrement que vous pouvez tout, ou presque, vous permettre. Ce RAL rouge que vous n'avez encore jamais porté, pourquoi ne pas tenter ? Cette paire d'escarpins oranges vertigineux ? Sautez le pas.  Côté coiffure, on ne laisse rien au hasard. Non, le look boyish n'est pas un prétexte pour se négliger.  Tresse, carré flou, coupe pixie, à vous de voir ce qui vous correspond le plus. On n'oublie pas les chapeaux, tout particulièrement le Borsalino, pour une allure masculin/féminin sans effort.
  4. Si vous sortez, prévoyez toujours une trousse de secours: maquillage, nettoyant et sous-vêtements. Une petite pochette, discrète à glisser dans votre sac
  5. Tout ceci doit rester entre nous...

PS: Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. T. si tu passes par là, merci d’être ma source d’inspiration :D. 

 

 

Euphomania