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Bonjour à toutes et à tous,

Euphomania est de retour, non pas pour vous jouer de mauvais tours, après de longs mois d’absence. Emportée par le tourbillon de la vie, elle eu le temps de réfléchir à sa consommation en matière de mode. Je crois que vous l’aurez compris, la mode est pour elle, une passion dévorante. Il ne se passe pas un jour sans que perdue dans ses pensées, elle ne se surprenne à imaginer des associations de matières, de formes et de couleurs. Pourtant, loin d’avoir une consommation effrénée en matière de mode, bien trop exigeante pour cela, certaines injonctions la chiffonnent. Une véritable phobie. Premier numéro d’une longue série, voici, sans préambule, le début de ses confessions mode.


 

Samedi 12 août 2017, je m’ennuie ferme, week-end avec un pont oblige, la ville est déserte. Je décide d’émerger de mon lit aux environs de 14 heures afin de rendre visite à mon kiosque préféré. J’ai besoin d’une bonne dose de mode. Je ne supporte plus cet enfermement. J’ai besoin de rêver, de m’imprégner de beaux tissus. À moi ELLE, Vogue et autres magazines, je pars fièrement à la conquête de mes trésors. Arrivée devant le kiosque, j’achète tout ce qui pourrait contenir la moindre page dite « mode ». Me voilà de retour chez moi les bras chargés de magazines. Je les feuillette frénétiquement à la recherche d’inspirations afin de donner un nouveau souffle à mes tenues que je trouve bien ternes et peu flatteuses ces derniers temps. Très vite, je ressens une forme de malaise. Partout, je ne lis que les mêmes articles, uniformes, vides de sens, qui m’appellent, que dis-je, m’obligent presque à acheter telle ou telle pièce véritable « hit de la saison » et m’exhortent sans ménagement à faire le tri dans mon dressing afin de ne conserver que mes pièces tendances. Mon pull en angora si confortable en hiver, qui m’a sauvée de tellement de déconvenues ? Aux oubliettes, il est gris et la tendance est aux couleurs pour l’hiver prochain. Ma jupe fétiche trouvée dans une friperie à Barcelone ? Idem, la tendance est à la longueur midi ou maxi, on oublie la longueur genou. Je suffoque, je me sens mal à l’idée de me défaire de mes pièces adorées qu’il m’aura fallu parfois des années à trouver. J’aime la mode, j’aime les créations mais j’aime par dessus tout mes vêtements. Soudain, je vois que la dernière tendance en matière de sac est le panier. J’ai  horreur des paniers, ils me répugnent, c’est presque maladif. Pourtant, j’ai envie d’acheter un panier, là tout de suite. Je me rue dans tous les magasins des alentours et commence à en acheter un, puis deux, puis dix paniers. Pourquoi ? Je ne le sais pas moi même. 

Après cette frénésie de shopping, je me roule en boule dans mon salon en pleurs, vide. Je me sens tout simplement vide comme si toutes ces injonctions à la tendance essayaient de me déposséder de moi en me convainquant que je n’aurais une véritable « aura stylistique » qu’en étant à la pointe des tendances, peu importe si dans six mois ces dernières seront « has been ». Peu importe que je trouve ces tendances ridicules. A-t-on idée de porter ses sous-vêtements sur son tee-shirt ? Superman ne passera pas par moi.

Fatou, ma meilleure amie, me retrouve là, le lendemain, le visage vide, noyée au milieu des paniers. Elle comprend l’urgence de la situation et me propose alors de contacter ma thérapeute mode préférée alias Mrs. S.

Je vous laisse ici quelques bribes de nos échanges. 

Euphomania : Bonjour Mrs. S, merci de me recevoir en urgence.

Mrs S : Bonjour Euphomania, Fatou m’a appelée en panique, il semblerait que vous ayez eu une crise de tétanie modesque hier. Racontez-moi tout.

Euphomania : Pour tout vous dire, la journée avait bien commencé et puis, je suis tombée sur une centaine d’articles de mode, me parlant tous de tendances que je devrais suivre. Mais vous comprenez, je déteste les paniers moi, devrais-je pour autant en porter au risque de passer pour une néophyte en matière de mode ? Impossible que je perde mon titre de prêtresse de la mode.

Mrs S : Est-ce que vous pensez qu’il est primordial de suivre toutes les tendances à la lettre ?

Euphomania : Pour tout vous dire, je n’ai que faire des tendances, j’aime la mode, vous le savez. J’aime jouer avec les volumes, les matières et les couleurs. J’éprouve un plaisir certain à admirer les défilés des grands ou petits créateurs. Jusqu’à hier, l’idée d’acheter un panier ne me serait jamais venue en tête tant ils me rappellent ma tante Monique que je déteste. Puis, voilà, j’ai lu tous ces articles, qui me montraient des filles belles, souriantes, élégamment vêtues qui arboraient toute fièrement leur panier. Je me suis dit que c’était ce qu’il manquait à ma vie pour pouvoir enfin leur ressembler.

Mrs S : Je crois que nous touchons là un point sensible. Est-ce le panier que vous souhaitiez posséder ou l’image que les filles qui avaient adopté la tendance qui vous faisait envie ? 

Euphomania : Je crois que vous mettez le doigt sur un point essentiel. Je suis un peu perdue avec toutes ces images de jeunes filles paradant sous nos yeux de badauds.  On me montre çà et là des images de perfection à atteindre. Alors, je regarde ma vie d’un oeil nouveau, morose je dirais, rien, absolument rien ne va : mon intérieur, mes hobbies mais pire encore mon apparence. Je crois que j’ai développé une forme de névrose. Je finis par avoir une envie irrépressible de posséder des objets qui ne font qu’entretenir mon insatisfaction perpétuelle, vous ne croyez pas ?

Mrs S : Continuez je vous prie .

Euphomania : Je crois que c’est ça. La mode a perdu de sa superbe, il ne s’agit plus tellement de se vêtir ni de se transfigurer aux moyens de vêtements qui nous rendraient plus élégantes, qui nous ressembleraient mais d’imiter le style de la nouvelle It Girl en vogue. Peu importe que la pièce en question ne corresponde ni à nos habitudes de vie, ni à notre morphologie ou tout bonnement à nos envies, il faut suivre les tendances. C’est, je crois le plus désolant dans cette histoire. On a vite fait de perdre pieds, non ? Je veux dire, regardez-moi, je suis pourtant l’antithèse de la fashionnista habituelle et même moi j’ai réussi à me laisser happer par le système. Je crois pouvoir dire sans me tromper que les marques jouent sur nos insécurités et nos peurs pour nous vendre toujours plus de vêtement qui viendraient çà et là colmater les brèches de nos vies en dérive.  Finalement, c’est ce sur quoi repose le modèle de la consommation telle que nous la connaissons: créer du désir.

Mrs S: Et qu’est-ce que tout ceci vous inspire ?

Euphomania: De la fatigue, une grande lassitude. Je suis désolée de voir mes congénères féminines, pour la plupart, céder aux sirènes des tendances alors même que celles-ci ne font que gommer les aspérités les plus intéressantes de nos personnalités.  Je veux dire, à l’origine, je vois la mode comme un jeu qui permet de transcrire notre personnalité aux moyens de vêtements, de matières et d’accessoires. Je ne vois plus que là des uniformes, qui n’ont pas lieu d’être sinon de nous enfermer dans des cases et nous faire perdre la tête. J’aimerais que les magazines ne considèrent plus la mode de manière futile, uniquement comme un moyen efficace d’entretenir le consumérisme mais plus comme un art que nous devons nous approprier.

Mrs S: Je crois que vous avez là, tout résumé. Peut-être devriez-vous repenser à ce discours avant de craquer la prochaine fois ? Suis-je véritablement attirée par cette pièce ou ne suis-je pas en train de combler un vide ? Vous ne trouverez votre salut que dans un regard très critique de votre rapport à la possession. 


Vous aussi, vous avez cédé aux sirènes de la consommation et votre armoire déborde ? Pour apprendre à faire le tri, c’est par ici.

Euphomania